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Chimtou/Simitthus: Fouilles tuniso-allemandes dans la cité numido-romaine Simitthus.
Un sujet essentiel du projet actuel est le développement de la ville lors de périodes jusqu'ici quasi-inconnues, les débuts de la cité et son époque tardive. Le sondage effectué par Christoph B. Rüger entre 1980 et 1984 au Nord du forum a fourni d'importants éléments de réponse quant à la phase préromaine. Les études actuelles ont pour but de publier à la fois ces anciens résultats et de les confronter avec de nouvelles questions. Ainsi, le périmètre déterminé offre un aperçu de la structure d'une cité érigée en briques crues sur socle de pierre du Vème au Ier s. av. J.-C., et dont la stratigraphie rappelle un tell. La datation des plus anciennes traces d'habitat, mais aussi le quotidien dans la cité numide, les relations culturelles avec d'autres cités de l'actuelle Tunisie septentrionale (comme Thugga, Althiburos, Bulla Regia), les relations économiques avec la métropole punique Carthage et l'influence de celle-ci font partie des sujets abordés.
Une question essentielle concerne les témoignages archéologiques du changement de pouvoir des Numides aux Romains au Ier s. av. J.-C., qui se manifeste à Chimtou par la construction ciblée du forum romain par-dessus l'ancienne nécropole et l'absence de sources épigraphiques de la population numide dans la ville romaine, à l'opposé de la majeure partie des autres villes d'Afrique du Nord.
La deuxième partie de nos études se rapporte à la phase tardive et la fin de la cité de Simitthus. L'antiquité tardive est illustrée à Chimtou par quelques inscriptions, tombes, églises et de rares objets (voir M. Mackensen, RM 114, 2008), mais aussi le pillage de précieux matériaux de construction et d'étonnamment petites quantités de céramique tardive. En relation avec l'étude stratigraphique au Nord du forum, un des objectifs du projet est de déterminer, d'une part, le moment précis à partir duquel les espaces publics de ce quartier de la cité montrent des traces de réutilisation et d'abandon, et de l'autre, dans quel cadre temporel et avec quelles ruptures ou continuités se déroule le développement jusqu'à la transformation de l'ancienne cité en village médiéval. Dans ce cadre seront également abordées les relations de Chimtou avec d'autres cités des environs.
Ainsi, l'objectif principal est le relevé précis de la stratigraphie de la cité au Nord du forum et l'incorporation des résultats dans le développement historique de cette région tunisienne.
Les première fouilles à Chimtou furent réalisées dans le théatre et le forum par Jules Toutain en 1892. Après une longue pause s'ensuivirent, à partir de 1965, les fouilles tuniso-allemandes dans le cadre de la coopération initiée entre l'Institut Archéologique Allemand (DAI), Département de Rome et l'Institut National d'Art et d'Archéologie (INAA), aujourd'hui Institut National du Patrimoine (INP) en Tunisie. Ces travaux sous la direction de Friedrich Rakob portèrent une attention toute particulière à l'étude de la plus grande carrière de l'Afrique du Nord antique, à son développement ainsi qu'aux techniques employées, et menèrent à la découverte d'un sanctuaire hellénistico-punique avec phases ultérieures romaines et byzantines. Peu de temps après, on se consacra également à de plus larges problèmes urbanistiques. Sur les flancs du Djebel Bou Rfifa furent documentés deux autres sanctuaires romains, les temples des Dii Mauri et de Caelestis ainsi que le plus important complexe de reliefs rupestres de petit format jamais découverts, voués, à l'image du grand sanctuaire romain, au dieu Saturne. Dans les années 1970, des photographies aériennes permirent l'identification d'un camp de travailleurs affilié à la carrière. Il s'étend sur une surface de plus de 20 000 m² et constitue par là une trouvaille unique dans l'empire romain. Il s'agit d'une zone séparée du reste de la cité, réservée à l'administration des carrières impériales, avec une caserne pour les esclaves, le-dit 'ergastulum' plus tard transformé en 'fabrica' pour la production en série d'objets en marbre. Les études scientifiques portèrent en outre sur une nécropole préromaine dotée de monumentales structures funéraires et située sous le forum romain. La nécropole appartenait à une proche cité numide, dont les premières traces furent découvertes dans les années 1980; son étude a fait l'objet des travaux repris en 2008.
En dehors de bâtiments encore indéterminés - seul de modestes secteurs de la ville ont jusqu'à ce jour été fouillés - furent identifiés un forum romain, un marché, plusieurs nécropoles romaines, au moins cinq églises d'époque chrétienne-byzantine et trois thermes, un dit-bâtiment pour le culte de l'empereur, plusieurs arcs d'honneur, un nymphée ainsi qu'un théâtre et un amphithéâtre. Cet ensemble fut complété par le plus grand pont romain d'Afrique du Nord, érigé sous l'empereur Trajan, un moulin à grains d'époque tardive propulsé par des turbines, et en dehors de la ville, un aqueduc romain doté d'un réservoir à eau à sept nefs ou alors un 'castellum divisorium' central destiné à répartir l'eau dans la cité.
Les travaux repris en 2008 et mis en pratique lors d'une campagne de fouille en 2009 sous la direction de Prof. Dr. Mustapha Khanoussi (INP Tunis) et Dr. Philipp von Rummel (DAI Rome) ont jusqu'ici porté sur les sondages des années 1980-1984 au Nord du forum de Simitthus, qui n'avaient pas encore été publiés dans le cadre des anciennes fouilles. Des structures et éléments encore manquants furent documentés, le matériel découvert soigneusement relevé en vue d'une publication et un plan du site établi à l'aide de SIG. En outre, le pont romain de Simitthus sur la Medjerda est étudié par Dr. Klaus Müller dans le cadre d'un projet soutenu par la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG). Une étude anthropologique des ossements humains de la fouille du forum par Dr. Renate Hahn et une étude des ossements animaliers par Dr. Günter Nobis (+) et Dr. R. Hutterer sont prêtes à être publiées, l'évaluation des fouilles concernant la nécropole numide revient à l'équipe de coopération tunisienne. S'y ajoutent l'étude et la publication d'un trésor monétaire de l'antiquité tardive, découvert lors de fouilles devant le musée, par Dr. Hans-Roland Baldus et Prof. Dr. Mustapha Khanoussi. L'inspection des importants archives de la mission de fouilles s'effectuera dans le cadre d'un projet d'archive numérique d'Afrique du Nord en collaboration avec l'archive de recherche pour la sculpture antique de l'institut d'archéologie de l'Université de Cologne.
À la reprise des anciennes fouilles en 2009 s'ajouteront dès 2010 de nouvelles campagnes de fouille. En parallèle, la première carte archéologique numérique de Chimtou sera établie à partir d'anciens plans et de nouvelles mesures à l'aide d'un SIG. Enfin, une des tâches essentielles du DAI de Rome dans le cadre de la coopération tuniso-allemande est la formation de jeunes collègues tunisiens en dispensant des cours sur place et en offrant des bourses pour le travail scientifique à Rome.
L'activité archéologique à Chimtou s'accompagne d'importants travaux de restauration et de conservation, qui permettent à long terme la sécurisation et la présentation au public des espaces fouillés, ainsi que le travail de conservation et d'exposition muséale des objets et ensembles découverts.
Les résultats, après de longues années de recherche, sont exposés à l'aide de modèles, d'images et de matériel archéologique dans le Musée Archéologique de Chimtou (MAC) construit récemment dans le cadre de la coopération tuniso-allemande et inauguré en 1997. Dans la cour centrale, la façade du sanctuaire hellénistico-numide a été reconstituée grandeur nature avec d'importants fragments architecturaux du IIè s. av. J.-C. La publication des monuments de la cité antique s'effectue dans le cadre de la série de monographies Simitthus (jusqu'ici les volumes I-III) ainsi que dans un nombre considérable d'articles de revue (voir bibliographie).
Les travaux sont effectués en collaboration avec l'Institut National du Patrimoine (INP). Les fouilles scientifiques sont actuellement réalisées avec les fonds du groupe de recherche 3 interne au DAI, « espaces politiques », les mesures de mise en valeur et de restauration avec les fonds d'Aide Publique au Développement du ministère des affaires étrangères allemand. L'étude du pont romain est financée par la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG). L'aménagement du musée, fruit d'un travail conjoint tunisien et allemand, a été soutenu par le département de culture du ministère des affaires étrangères allemand, la station multimédia installée dans une salle audio-vidéo par la Fondation Ernst von Siemens. La traduction de cette page Web de l'allemand au français a été assurée par Selma Abdelhamid M.A.
Voir aussi Chimtou sur le site de l'Institut National du Patrimoine
Prof. Dr. Mustapha Khanoussi
Institut National du Patrimoine Tunis
04, place du château
Tunis 1008
Tunisie
Tél:. +216 71 561 622
Fax: +216 71 562 452
Monographies:
F. Rakob (Hrsg.), Simitthus I. Die Steinbrüche und die antike Stadt (Mainz 1993).
F. Rakob (Hrsg.), Simitthus II. Der Tempelberg und das römische Lager (Mainz 1994) [mit Bibliographie].
M. Mackensen, Militärlager oder Marmorwerkstätten. Neue Untersuchungen im Ostbereich des Arbeits- und Steinbruchlagers von Simitthus. Simitthus III (Mainz 2005).
Bibliographie en ligne:
J. Zerres, Simitthus und der Numidische Marmor. Kommentierte Bibliographie (Mainz 2009).
Articles:
L. Carton, Notes sur des fouilles exécutées à Thuburnica et à Chemtou, Extrait du Bulletin archéologique (Paris 1908).
L. Carton, Deux jours d'excursion en Tunisie. Souk el Arba, Bulla Regia, Chemtou, Thuburnica, Ghardimaou. Bulletin de la Société de géographie de Lille (Lille 1892).
M. Chaouali, La vie économique dans la moyenne vallée de la Medjerda à l'époque romaine (Thèse de doctorat, Aix en Provence 2008).
J. C. Fant, Marble Workshops at Simitthus, JRA 21, 2008, 577-580.
H. Hartmann - W. Nitsche, Archäologisches Museum von Chemtou (Karlsruhe 1977).
A. Héron de Villefosse - A. L. Delattre, Inscriptions de Chemtou, Simittu (Tunisie) (Paris 1882).
U. Hess, Die Medjerda-Brücke bei Chemtou, in: Tunesien. Wasser, Wüste, weiter Süden. Texte zur Ausstellung, Bremen 6.9.-8.11.1992 (Bremen 1992), 115-118.
H. G. Horn - C. B. Rüger (Hrsg.), Die Numider. Reiter und Könige nördlich der Sahara. Ausstellungskatalog (Köln 1979).
N. Kalalla u. a., Recherches sur l'occupation d'Althiburos (région du Kef, Tunisie) et de ses environs à l'époque numide, Pyrenae 39, 2008, 67-113.
M. Khanoussi, Nouveaux documents sur la présence militaire dans la colonie julienne augustéenne de Simitthus (Chemtou, Tunisie), CRAI 1991, 825-838.
M. Khanoussi - S. Ritter - Ph. von Rummel, The German-Tunisian project at Dougga: First results of the excavations south of the Maison du Trifolium. Antiquités Africaines 40, 2004-2005, 43-66.
J. M. Lassère, Les vétérans de (Tunisie), Antiquités africaines 33, 1997, 115-118.
J. M. Lassère, Remarques sur le peuplement de la Colonia Iulia Augusta Numidica Simitthus, Antiquités africaines 16, 1980, 27-44.
A. Leone, Changing Townscapes in North Africa from Late Antiquity to the Arab Conquest (Bari 2007).
M. Mackensen, Erster Bericht über neue archäologische Untersuchungen im sog. Arbeits- und Steinbruchlager von Simitthus/Chemtou (Nordwesttunesien), RM 107, 2000, 487-503.
M. Mackensen, Römische und spätantike Kleinfunde aus Simitthus/Chemtou (Nordwesttunesien), RM 114, 2008, 339-356.
M. Mhdawi, Untersuchungen von Karies und Abrasionen an einer historischen Bevölkerung aus Chemtou (heutiges Tunesien) (1998).
F. Rakob, Chemtou - Aus der römischen Arbeitswelt, AW 28, 1997, 1-20.
G. Röder, Die römische Turbinenmühle an der Medjerda, in: Tunesien. Wasser, Wüste, weiter Süden. Texte zur Ausstellung, Bremen 6.9.-8.11.1992 (Bremen 1992), 119-122.
C. Rüger, Zu Marmorschalen in Chemtou, RM 104, 1997, 379-385.
J. Toutain, Le théâtre Romain de Simitthu. Extrait des Mélanges d'archéologie et d'histoire publiés par l'Ecole française de Rome 12 (Rom 1892).
J. Toutain, Sur l'histoire des carrières de marbre de Simitthu. Association française pour l'avancement des sciences (Paris 1896).
J. Toutain, Fouilles à Chemtou (Tunisie), septembre-novembre 1892, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (Paris 1982).
The German Archaeological Institute (DAI) is a »scientific corporation« of the Federal Institution under the auspices of the Foreign Office. The staff of the Institute carries out research in the area of archaeology and in related fields and maintains relations with international scholars.
Furthermore, it organizes congresses, colloquia and tours, and informs the public through the media about its work.